LE VOILE SE RETROUVE DANS PRESQUE TOUTES LES CULTURES.

 

Entretien avec l’historien Odon Vallet, enseignant à la Sorbonne et à Paris VII. Il explique les origines et le sens du voile islamique pour faire tomber les préjugés sur cette pratique religieuse.

Peut-on dater l’apparition du voile ?

Odon Vallet : Nul ne sait de quand date la coutume pour les femmes de se voiler. En tout cas, le voile dit aujourd’hui islamique est antérieur de plus d’un millénaire au prophète Mohammed. La première mention de son port obligatoire remonte aux lois assyriennes attribuées au roi Téglat Phalazar Ier (vers 1000 av. J.-C.). Il s’appliquait aux filles, aux épouses et aux concubines d’hommes libres, ainsi qu’aux prostituées sacrées mariées. Ces femmes voilées ne devaient pas être touchées, alors que les femmes non voilées (esclaves, prostituées non sacrées ou non mariées) ne disposaient d’aucune protection de leur corps.

Pas agréable pour personne, ni celle qui le portent ni ceux qui les voient.

En est-il fait mention dans le monde sémitique ?

La Torah ne fait pas obligation juridique du voile, mais il est clair que les femmes des temps bibliques le portaient. La fiancée voilée n’ôtait son voile que dans la chambre nuptiale, au point que le futur marié ne savait pas qui il épousait, comme en témoigne l’épisode de Jacob qui, croyant épouser Rachel, se retrouve marié à Léa (Gn 29, 26). En tout cas, on n’a jamais entendu parler de « voile juif » ou de « voile chrétien », même si saint Paul en exige le port pour la prière (1 Co 11, 5). Toutefois, quelques versets plus loin, Paul ajoute : « Pour la femme, la chevelure lui a été donnée en guise de voile ». (1 Co 11, 14.) De toute façon, cette lettre aux Corinthiens est difficile à interpréter dans le contexte d’une ville portuaire dédiée à Aphrodite et où il existait un important culte aux prostituées sacrées.

Comment le voile des religieuses chrétiennes apparaît-il ?

Les vierges de l’Église primitive étaient voilées, comme les vestales romaines. Le voile des religieuses trouve sans doute là son origine, en tant que signe distinctif par rapport aux autres femmes. Il faut noter aussi que la femme romaine ou grecque portait un voile le jour de son mariage. D’ailleurs, la même racine latine a donné les mots « nuage » (nubes) et « se marier » (nubere) le nuage cache le soleil comme le voile, le jour du mariage, cache les cheveux.

Mais en milieu méditerranéen, les femmes portent souvent un voile bien après leur mariage.

Entre la tradition, la religion et la précaution médicale, il est difficile de distinguer les motivations liés au voile. De même qu’en Asie du Sud- Est les femmes (jamais les hommes) portent une ombrelle pour se protéger du chaud soleil, en Méditerranée les femmes portent un voile. À noter cependant que, chez les Touaregs, se sont les hommes qui sont voilés : eux affrontent le soleil implacable, tandis que les femmes restent sous la tente.

De manière générale, s’agit-il de cacher les cheveux de la femme ?

Les cheveux féminins sont un symbole de séduction. C’est bien pour cela que le Coran prescrit aux croyantes « de rabattre leur voile sur leur poitrine » (sourate 24, 31), même si ce n’est pas une obligation absolue pour les femmes âgées (24, 60). Cette pratique est, pour elles, le meilleur moyen d’avoir une conduite irréprochable sans être importunées par les hommes (sourate 33, 59). D’ailleurs, le Coran dispense les femmes de porter le voile devant de jeunes garçons et des eunuques

 

Faut-il alors imposer cette coutume aux musulmanes à travers le monde entier ?

Non. Mais, il y a peu encore, les chrétiennes avaient la tête couverte d’une mantille dans les églises. Dans la langue douala, on a même traduit le mot « religion » par « ebassi », qui signifie « petit fichu », parce que les missionnaires demandaient aux femmes d’en mettre un dans les lieux de culte.

C’est depuis les années 1960, quand les religieuses ont ôté leurs cornettes ou leurs voiles, que l’on a commencé à revoir des voiles islamiques dans nos villes. 

De même, c’est au moment où l’on ne fait plus le Carême que le Ramadan apparaît. 

Autrement dit, la confession musulmane occupe l’espace religieux déserté par le christianisme qui a cherché à gommer les signes de différence pour mieux s’enfouir dans la pâte humaine.

Est-ce à dire que, si le christianisme occupait davantage cet espace religieux, l’islam serait moins visible ?

La visibilité religieuse réapparaît au moment où on avait essayé de la gommer. Si les chrétiens ont souhaité atténuer les signes de visibilité, c’est en raison de l’évolution de la société occidentale. Il y a trente ans, dans nos banlieues, pas une seule jeune fille n’aurait osé porter le voile, car le Parti communiste y faisait régner l’ordre et la discipline. Depuis le déclin du communisme, il a bien fallu trouver une idéologie qui puisse mobiliser les population fragilisées.

L’islam est l’idéal des pauvres. C’est pourquoi le stigmatiser risquerait d’être interprété comme un combat des nantis contre les jeunes filles de condition modeste. Cela ne signifie pas qu’il faut tout autoriser, pas plus le voile sur la tête que le nombril à l’air. Mais la question de la tenue vestimentaire peut difficilement faire l’objet de mesures législatives uniformes alors que des émissions télévisées promeuvent une grande liberté d’expression. « C’est mon choix », disent ces jeunes filles voilées, en référence à une célèbre émission du service public…

Non, c’est le choix de leurs religieux

La suite à lire sur: http://canalisations-marie.blogspot.fr/2016/08/3008-le-voile-se-retrouve-dans-presque.html

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