Revenu universel : ce que prévoit la Finlande

Par Marine Rabreau Mis à jour le 09/09/2016 à 09:37 Publié le 09/09/2016 à 06:00
Le ministère finlandais des Affaires sociales et de la Santé a soumis à enquête publique jusqu’à ce vendredi 9 septembre un projet de loi qui permettrait de mener un test du revenu universel dès janvier 2017.

LE SCAN ÉCO – Alors que le pays traverse une période économique difficile depuis 2012, le gouvernement veut expérimenter dès 2017 le versement d’un revenu de base inconditionnel de 560 euros par mois. Objectif affiché : «simplifier le système socio-fiscal» et «relancer l’emploi». Explications.
Premier pays au monde à avoir accordé le droit de vote aux femmes et à les rendre éligibles autant que les hommes, la Finlande, citée en exemple en matière d’environnement, d’éducation et de qualité de vie, sera-t-elle la pionnière mondiale en matière de revenu universel? Fin 2015, le premier ministre finlandais, Juha Sipilä, annonçait que son pays serait le premier à proposer un revenu de base pour tous les Finlandais, quelles que soient leurs ressources, leur âge, leur situation professionnelle ou familiale.
À ce stade, le projet prévoit une phase de test dès janvier 2017, qui, si elle est concluante, pourrait être étendue à toute la population. Le ministère finlandais des Affaires sociales et de la Santé a soumis à enquête publique jusqu’à ce vendredi 9 septembre un projet de loi qui permettrait de mener ce test.
• Un revenu de base de 560 euros par mois
La phase de teste prévoit qu’à partir du 1er janvier 2017, pendant deux ans, quelque 2000 demandeurs d’emploi de 25 à 58 ans toucheront 560 euros par mois. L’allocation remplacerait toutes les autres qu’ils percevaient jusqu’alors, mais leur couverture santé et leur allocation logement seraient maintenues. Le budget prévu pour une telle opération s’élève à 20 millions d’euros. Si l’essai est concluant, il pourrait être étendu à toute la population.
»» LE SCAN ÉCO – Le revenu de base: une idée qui fait son chemin dans le monde
• Le revenu universel vu comme une solution de la dernière chance
«La situation de la Finlande est si grave que nous avons besoin de courage pour expérimenter des solutions nouvelles», argumentait en 2014 Juha Sipilä, ce chef d’entreprise qui a brillé dans les télécoms et qui est devenu le premier ministre finlandais en mai 2015. En effet, le pays de 5,5 millions d’habitants, membre de la zone euro, traverse une période de crise depuis 2012: l’économie ne progresse plus; le taux de chômage atteint 9,4% de la population active alors que son fleuron Nokia a raté le virage des smartphones, que l’industrie du papier décline, et que son partenaire commercial russe se porte mal; le pouvoir d’achat des Finlandais s’érode; le déficit public se creuse depuis 2009 tandis que la dette a grimpé à près de 75% du PIB (contre à peine 40% en 2007); la compétitivité des entreprises s’est fortement dégradée, comparée à l’Allemagne notamment, etc.
Des indicateurs qui ont incité le gouvernement de droite fraîchement élu à mettre en place une cure d’austérité d’une intensité inédite, qui a plongé le pays dans une profonde crise sociale.
• Quels sont les objectifs du gouvernement avec le revenu universel?

Le but affiché pour le gouvernement finlandais est de faire de l’instauration d’un revenu de base un instrument de «simplification d’un système socio-fiscal», complexe et peu efficace, qui permettrait de «supprimer les pièges bureaucratiques» et de «réduire les dépenses de l’État», et de «relancer l’emploi» en flexibilisant le marché du travail.
Fin 2015, il était question d’un revenu universel de 800 euros par mois, mais les experts qui travaillent sur le projet (voir la présentation d’Olli Kangas, directeur de recherche à Kela, la sécurité sociale finlandaise) se dirigent vers un montant plus faible, de 560 euros, qui se veut «incitatif»: ce revenu universel, qui offrirait un «coussin de sécurité financier», encouragerait les Finlandais à accepter des emplois à temps partiel, ce qui augmenterait la compétitivité des entreprises.
Une vision libérale du revenu de base que dénoncent l’aile gauche finlandaise et les syndicats, très puissants en Finlande (70% des Finlandais son syndiqués). Ils regrettent en outre que la phase de test envisagée n’inclue pas de travailleurs à temps partiel, les étudiants ou les entrepreneurs.
»» LE SCAN ÉCO – Pourquoi Bayou et Lefebvre défendent tous deux le revenu de base
• Quel financement est prévu?
Deux options sont sur la table. «Le premier est de taxer les revenus selon un taux progressif, sur la base du modèle actuel de l’impôt sur le revenu. L’autre solution vise à prélever des cotisations supplémentaires sur les salaires sur la base d’un taux uniforme, à l’instar des autres assurances sociales. Ce taux serait voisin de 42% et ne concernerait que la part du revenu dépassant le revenu de base, lequel ne serait pas taxé», a expliqué dans un entretien au Temps Olli Kangas. Pour des raisons de lisibilité et de transparence, la seconde proposition est plébiscitée par les experts. Le financement via l’impôt négatif n’a pas été retenu.
»» LE SCAN ÉCO – Comment financer un revenu universel en France

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