Qui ne croit pas à la version officielle du 11 Septembre?

Par Gaétan Pouliot

On peut passer d’innombrables heures sur Internet à écouter des vidéos et à lire sur le sujet. Qui est vraiment responsable des attentats du 11 Septembre? En quelques clics, la version officielle vole en éclat. Mais qui a raison? Incursion dans la théorie du complot la plus tenace de notre époque.

Quinze ans plus tard, Julie Lévesque n’en démord pas. La version officielle entourant les terribles événements qui ont mené à la mort de 3000 personnes n’a « aucun sens ». Elle en est convaincue, on nous cache des informations.

La première fois qu’on lui a dit que le gouvernement américain était impliqué dans les attentats, elle n’y croyait pas. Cette Québécoise, qui a travaillé comme journaliste et chercheuse pour un média alternatif, a donc fait sa propre enquête, « des heures et des heures de recherches », et a publié plusieurs textes sur la question. Sa conclusion : la version officielle ne concorde pas avec les faits.

En entrevue, elle est confiante et intarissable. Comme de nombreuses personnes, elle réclame une enquête indépendante, véritable mantra du mouvement pour la vérité sur le 11 Septembre. Toujours vivace, ce groupe a d’ailleurs organisé une conférence lors du dernier Forum social mondial, qui se tenait à Montréal en août.

« Personne dans le mouvement ne dit que le gouvernement est derrière les attaques. On ne le sait pas », dit-elle avec aplomb, affirmant du même souffle qu’il est « fort probable » que des « éléments » au sein du gouvernement américain étaient au courant.

Pourtant, une commission américaine s’est bien penchée sur les événements. Son rapport, publié en 2004, établit la version officielle des attentats.

Le 11 septembre 2001, des membres du groupe islamiste Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne pour commettre les attaques. Deux d’entre eux percutent les tours jumelles du World Trade Center au coeur de New York, qui s’effondrent. Un autre frappe le Pentagone, alors que le dernier s’écrase en Pennsylvanie.

Une version que refuse d’avaler Mme Lévesque, qui se décrit comme une « militante pour la vérité ».

Que s’est-il passé?

Bref exposé de théories du complot entourant le 11 Septembre.

1. L’effondrement des tours jumelles

Théorie : Des explosifs ont causé l’effondrement des tours jumelles.
Version officielle : L’impact des avions sur les tours et les incendies qui s’en sont suivis ont affaibli la structure des gratte-ciel, qui ont fini par s’effondrer.

2. Le mystère de la tour 7

Théorie : Un troisième gratte-ciel qui n’a pas été frappé par un avion – le World Trade Center 7 – s’est effondré à la suite d’une démolition contrôlée.
Version officielle : Endommagé lors de l’effondrement d’une des tours jumelles, l’immeuble est ravagé durant 7 heures par un incendie avant de s’effondrer.

3. Un missile dans le Pentagone?

Théorie : Le Pentagone a été frappé par un missile le 11 septembre 2001.
Version officielle : Des djihadistes ont détourné le vol 77 d’American Airlines et ont foncé dans le bâtiment abritant le département américain de la Défense.

Des arguments béton

Julie Lévesque évoque de nombreuses preuves incriminantes; des arguments qui jouent en boucle depuis des années dans les cercles conspirationnistes.

Illustration : Antoine Garcia-Suarez

La militante affirme se baser sur le travail d’experts indépendants pour appuyer ses dires. Notamment un groupe – les architectes et ingénieurs pour la vérité sur le 11 Septembre – qui mène campagne depuis des années, remettant en question la version officielle des événements.

Mais pourquoi croire ce groupe plutôt que le gouvernement américain?

« Ce n’est pas une question de source, c’est une question de faits », répond-elle du tac au tac. « N’importe qui faisant un travail rigoureux, absolument neutre, ne peut pas en venir à une autre conclusion. »

La population n’a pas besoin de connaissances en ingénierie pour constater que le gouvernement « camoufle » des informations, croit celle qui a fait des études universitaires en langues et en sciences sociales.

Départager le vrai du faux

Vincent Boucher, lui, manque d’arguments devant les partisans d’une nouvelle enquête sur le 11 Septembre.

Pourtant, le jeune homme en connaît un bout sur les États-Unis. Ce candidat au doctorat en science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se spécialise en politique américaine et collabore avec la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

« Ce sont toujours des arguments techniques qui sont mis de l’avant et qui sont, pour des gens qui étudient en sciences sociales comme moi, difficiles à réfuter », explique celui qui est parfois confronté à des « conspirationnistes » lors de conférences.

Alors, comment départager le vrai du faux dans cette affaire. Qui croire? À quelle source faire confiance? Au gouvernement? À des « experts indépendants »?

Illustration : Antoine Garcia-Suarez

Pour nous éclairer, nous avons demandé l’avis du philosophe Normand Baillargeon, auteur de l’ouvrage Petit cours d’autodéfense intellectuelle.

Reconnu pour son esprit critique, l’ex-professeur à l’UQAM ne verse pourtant pas dans les théories du complot. « On ne peut exclure absolument que des informations restent cachées, mais je suis raisonnablement certain que nous possédons toute l’information pertinente et que ce qui serait caché n’a pas une grande importance », nous écrit-il.

À son avis, la remise en question de la version officielle du 11 Septembre est un exemple de « dénialisme », c’est-à-dire un « raisonnement destiné à appuyer une conviction à laquelle on adhère d’abord, plutôt qu’un examen impartial des faits destiné à établir ce qui est vrai ou le plus probable ».

Bref, les complotistes croient ce qu’ils veulent croire. Argumenter avec eux est une tâche difficile et « souvent frustrante », selon M. Baillargeon.

Pour éviter les pièges de ce dialogue de sourds, le philosophe nous donne un truc. « Le plus efficace est sans doute de demander ce qui serait admis par la communauté scientifique », dit-il, en soulignant que l’on peut retrouver ces informations dans des revues avec comité de lecture.

Des outils pour aiguiser sa pensée critique

Pour départager le vrai du faux, Normand Baillargeon nous propose aussi de consulter de « bonnes et solides revues de pensée critique », comme Québec Sceptique, Skeptic et le Skeptical Inquirer.

Salissage

Le discours passionné s’entrecoupe parfois d’élans de colère, suivis d’excuses et de quelques rires. Julie Lévesque en a gros sur le coeur. Les gens comme elle sont traités de « malades mentaux, de paranoïaques et de fous », seulement parce qu’ils posent des questions, s’indigne-t-elle.

« C’est un mouvement qui se fait salir depuis 15 ans  », ajoute-t-elle.

Pourtant, ses questions sont légitimes, se défend-elle avec beaucoup d’honnêteté.

Si elle est depuis longtemps une critique de Washington, les événements du 11 Septembre ont cristallisé sa vision du monde. Elle affirme n’avoir « aucune confiance en ce que le gouvernement » lui dit.

« Ce qui me fascine, c’est que le gouvernement a dit : “c’est ça qui s’est passé, on ne fait pas d’enquête, on déclenche une guerre. Ceux qui posent des questions sont des fous”. »

D’ailleurs, elle n’aime pas être taxée « d’adepte de théorie du complot » et de « conspirationniste ». Pour elle, cela n’a rien à voir, puisque les faits sont de son côté.

Les complots, c’est dangereux?

Pour Normand Baillargeon, le déni de la science est un phénomène intrigant, complexe… et parfois même dangereux.

Illustration : Antoine Garcia-Suarez

Les thèses conspirationnistes nous font perdre du temps et nous donnent de mauvaises habitudes de recherche de la vérité. Dans le cas du 11 Septembre, cela fait du tort à la « conversation démocratique ».

Vincent Boucher estime que ce débat occulte les vrais enjeux. « Les attentats du 11 Septembre démontrent plutôt une faillite de l’appareil de renseignement américain; ensuite, l’erreur d’intervenir en Irak sous de faux prétextes, de faux liens avec Al-Qaïda. C’est contre ça que l’on devrait s’indigner », dit-il.

Dans d’autres cas, les conséquences peuvent être plus directes, néfastes, voire mortelles. Notamment lorsque des parents refusent de faire vacciner leur enfant ou lorsque certains refusent d’admettre que le réchauffement climatique est causé par l’homme. « On est alors bien loin du relativement anodin – comme [la thèse selon laquelle] Paul McCartney est mort en 1966… et a été remplacé par un sosie qui est, lui aussi, un génie musical », illustre avec humour Normand Baillargeon.

Les médias bâillonnés

Julie Lévesque travaille aujourd’hui en Chine, où elle enseigne l’anglais. Les médias indépendants, ça ne payait pas assez. Et pas question de faire du journalisme pour les médias traditionnels, dont elle se méfie.

« Je ne pourrais pas travailler à Radio-Canada, je ne pourrais pas travailler à La Presse. J’ai des convictions. Il faudrait que je renie ce que je suis et ce que je sais pour travailler là », explique-t-elle.

À son avis, les journalistes des grands médias ne peuvent pas remettre en question la version officielle des événements sans risquer de perdre leur emploi. Seuls les médias indépendants – qui remettent en question la version officielle – ont fait un travail rigoureux sur le 11 Septembre.

Malgré tout, elle garde espoir : « la vérité finit toujours par se savoir ».

Théories du complot dans l’histoire

La remise en question de la version officielle du 11 Septembre n’est pas la première théorie du complot à prendre racine dans l’imaginaire américain. L’homme a-t-il marché sur la Lune? Qui a assassiné John F. Kennedy? Barack Obama est-il né aux États-Unis? Vincent Boucher, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand, avance une explication :

« Historiquement, aux États-Unis, il y a une méfiance envers le gouvernement fédéral. Lorsqu’on a créé la République américaine, les pères fondateurs voulaient créer un pays en réaction à un monarque puissant, en Angleterre, qui oppressait les colonies. »

Le Deuxième amendement de la Constitution donne d’ailleurs le droit à chaque citoyen d’avoir une arme et de former une milice. « L’idée voulait que, ultimement, si l’autorité centrale devenait despote ou se retournait contre la population, les gens puissent prendre les armes pour la renverser. »

 

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