L’élection de Donald Trump n’est que la première étape d’un immense reset du Système

La victoire surprise de Donald Trump (DT) sur Hillary Clinton (HC) a suscité son lot de commentaires étonnés, catastrophés et souvent peu inspirés des habituels commentateurs de la vie politique et internationale. Je ne pousserai pas la caricature jusqu’à évoquer le catastrophique Bernard Henri Levy mais force est de reconnaitre que la plupart de ces analyses sont au mieux partiellement pertinentes tant elles sont polluées par le logiciel de la « pensée unique » ou « pensée Système » pour reprendre un aphorisme en vogue.

Or, l’élection de DT au même titre que le Brexit ne sont que les soubresauts préliminaires d’un gigantesque reset de ce « logiciel Système » qui est en train de prendre corps dans le monde occidental et que bien peu ont compris, en dehors des idéologues de l’Alt-right occidentale (au sens de la droite alternative qui s’oppose à la « droite système »). Ceux-là seront les grands bénéficiaires de la révolution qui s’amorce. En 2008, Nicolas Sarkozy a construit son ascension sur l’instinct qu’un gigantesque mouvement de plaque tectonique était en train de s’amorcer pour ensuite échouer faute d’être à la hauteur de la tâche.

Une contestation massive du libéralisme économique, sociétal et politique

Ce grand reset se traduit en premier lieu par un refus massif du libéralisme économique, sociétal et politique souvent qualifié de « globalisme » ou « mondialisme ». La plupart des commentateurs étant issus de la gauche, ils ont pour la plupart bien compris que l’élection de DT marque une opposition au libre-échangisme économique qui se traduit par une désindustrialisation des pays occidentaux et par un accroissement des inégalités au profit des 1% qui ont accès au levier d’un crédit abondant et bon marché.

Plus rares sont ceux qui ont compris qu’il s’agit également d’une réaction à un libéralisme sociétal qui se traduit depuis 40 ans par une promotion permanente du droit des minorités raciales, religieuses et sexuelles (concept de « dictature des minorités ») et par l’exaltation d’un modèle multiculturel imposé par une immigration jamais maitrisée. C’est la fameuse injonction de l’antiracisme et du politiquement correct qui constitue la novlangue en vigueur dans les sociétés occidentales. Dans les années 90 de la droite honteuse[1], un rédacteur du Figaro Magazine a inventé en retour le concept de « terrorisme intellectuel » qui a rencontré un succès immédiat, signe d’une réaction qui prenait forme, déjà à l’époque.

En applicateurs zélés du logiciel antiraciste, les commentateurs les plus à gauche analysent l’élection de DT sous l’angle racial et pointent du doigt un supposé réflexe raciste et misogyne du « petit blanc » américain qui aurait pris sa « revanche » sur l’élection d’un noir à la Maison-Blanche (voir en particulier la notion de « whitelash  »). Ces analyses sont volontiers moquées par l’Alt-right tant elles tombent facilement dans la caricature mais elles traduisent, une fois encore, un grand aveuglement sur les fondamentaux de cette élection : d’abord, elles sous-estiment gravement l’état d’exaspération d’une part importante de la population face à la novlangue souvent grotesque d’un politiquement correct qui se nourrit de la vision masochiste de l’homme blanc éternellement coupable de tout. Mais surtout, elle élude l’angoisse de cette population face à des forces centrifuges qui déstructurent et morcellent les sociétés occidentales au nom de l’idéologie multiculturelle et de la promotion des droits d’un foisonnement toujours plus important de « minorités ».

La revendication fortement médiatisée de « toilettes neutres » par le lobby transgenrependant l’élection US a ainsi accentué le sentiment général d’une bordelisation accélérée de la société au profit de groupes de pression toujours plus agressifs et a probablement favorisé l’élection de DT. Cette exaspération croissante est aussi la clé qui permet de comprendre qu’une part significative des femmes et des minorités ethniques aient voté pour DT, conscients qu’ils seraient les premières victimes d’une société qui volerait en éclat faute de cohésion sociale suffisante.

L’élection de DT annonce enfin le refus massif du libéralisme politique qui vise à édifier une ordre politique mondial et libre-échangiste qui serait promoteur de paix et de prospérité. Les Nations sont progressivement affaiblies et diluées dans de grands ensembles politiques (ex : UE, ONU), juridiques (ex : CEDH) et économiques (ex : OMC) qui imposent leur agenda mondialiste par des accords de libre échange (pour le volet économique) et par des « conventions » internationales qui limitent progressivement la liberté d’action du politique élu au niveau des Nations. Le mouvement de réaction qui grandit en occident marque le refus de cette impuissance organisée qui a permis à des décennies d’hommes politiques de justifier leur incapacité à résoudre des problèmes qui n’auraient rien eu d’insurmontables il y’a moins d’un siècle avec des moyens pourtant moindres.

C’est particulièrement le cas pour la délinquance dont l’endiguement (surtout en Europe) semble à jamais rendu impossible par des standards juridiques qui contraignent de manière drastique l’usage de la violence en réponse à la violence. Le message apporté par la montée du populisme est donc aussi un rejet de cette non-violence à l’aune du constat que « le refus de la violence amène la violence ». Ce qui explique aussi la vitalité du mouvement pro-armes aux US et le toujours fort consensus en faveur de la peine de mortdont le rétablissement dans les pays Européens marquerait une étape décisive de cette révolution antisystème.

Si l’élection de DT annonce un refus massif de l’idéologie mondialiste/globaliste sous ses 3 aspects (économique, sociétal et politique), elle annonce également une lame de fond qui bouleversera la pensée géostratégique du bloc occidental et le rôle des mass-médias traditionnels dans nos sociétés.

Une refonte majeure de la pensée géostratégique

D’abord le domaine géostratégique avec le refus net et définitif du catastrophique aventurisme guerrier initié par les néo-conservateurs (Bush) dont Hillary Clinton était perçu comme l’héritière de par son bellicisme antirusse qui faisait craindre à certains l’apocalypse d’une 3ème guerre mondiale. De ce point de vue, il pourra être mis au crédit d’Obama de n’avoir pas trop cédé aux pressions va-t-en-guerre de sa secrétaire d’Etat même si elle a malheureusement fini par obtenir gain de cause sur l’intervention en Libye et sur la déstabilisation de l’Ukraine. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les néoconservateurs pro-bush aient soutenu HC pendant sa campagne au dépend de DT pourtant candidat légitime du parti républicain.

Sur le plan géostratégique toujours, l’élection de DT et la montée des mouvements « populistes » annonce potentiellement un renversement d’alliance majeur, la vieille alliance entre les occidentaux et les monarchies sunnites – et en particulier l’Arabie Saoudite – étant remplacée par une alliance avec les Russes et, sans doute à terme, avec ce qui reste du mouvement nationaliste panarabe (Algérie, Egypte, Syrie), les chiites (en particulier l’Iran) et potentiellement les kurdes en fonction de la place qu’occupera la Turquie dans ce grand jeu. Ces acteurs ont en effet en commun avec l’occident une lutte acharnée contre l’activisme/terrorisme islamiste financé à coup de centaines de milliards par les pétromonarchies sunnites, à l’exception notable des EAU. Ce reversement d’alliance est facilité par la révolution technologique du gaz de schistequi donne aux américains les moyens de s’affranchir de leur dépendance au pétrole saoudien.

L’élection de DT est la manifestation d’un mouvement de défiance massive face à une élite américaine et européenne perçue comme corrompue par les pétromonarchies sunnites et devenue traitre aux intérêts de l’Occident et des Chrétiens (d’où la trés forte mobilisation des évangélistes américains contre HC). C’est en ce sens qu’il faut comprendre la forte hostilité de l’appareil de sécurité US (notamment le FBI) à HC et comprendre également que les révélations de Wikileaks sur le financement de la fondation Clinton (la caisse noire du clan Clinton) par les Saoudiens et les Qataris ont joué un rôle important dans la non-élection d’HC, bien que ce fait ait été complètement occulté par les mass-médias traditionnels.

Sans s’étendre plus sur le cas particulier d’une HC marquée par des accusations sérieusement étayées de corruption, il est clair que la pensée géostratégique du bloc occidental (et US en particulier) est devenue complètement indigente à partir de la chute de l’URSS, en ne parvenant pas à renouveler ses vieux schémas d’endiguement de la Russie, en se reposant sur un technologisme ruineux, en se laissant gagner par un affectivisme paresseux (« X est très méchant avec son peuple, il faut aller le bombarder  ») et, pour finir, en se laissant entrainer dans l’aventurisme désastreux du Nation-building néoconservateur. Cette incurie a favorisé les manipulations de différents lobbys et du complexe militaro-industriel (CMI)[2] US qui ont conduit la politique étrangère US à errer sans consistance de manière dangereusement coûteuse et imprévisible. L’élection de DT marque ainsi la volonté de sortir de cette fuite en avant vers le chaos et de complètement remettre à plat la pensée géostratégique du bloc occidental, ce qui devrait se traduire, en particulier, par un net affaiblissement de l’OTAN.

La fin des mass-médias traditionnels ?

Cette élection porte enfin la marque d’une autre évolution majeure qui est la perte de légitimité des mass-média traditionnels (encore appelés « médias mainstream ») désormais perçus comme inféodés au Système et à ses intérêts par une large partie de la population. Sur les 200 grands journaux US, 95% ont soutenu HC et seulement 5% DT ! En réaction ont émergé aux US des organes de « ré-information », en particulier Breitbart News, Rush Limbaugh Show, The Blaze, Sean Hannity Show ou Glenn Beck Program.

On trouve en pendant côté français Atlantico.fr, fdesouche.com, E&R, etc[3]. Il faudrait également ajouter certains médias russes comme Sputnik ou Russia Today qui sont sur la même logique de « réinformation » et qui traduisent l’intérêt des Russes à soutenir cette évolution majeure de la société occidentale, à la grande fureur des décideurs politiques de l’UE. Ces médias alternatifs ont parfois une audience qui les propulsent au premier rang des sites politiques et utilisent à plein les ressources d’internet et des médias sociaux, au point qu’il a été fait à Mark Zuckerberg, patron de Facebook, le mauvais procès d’avoir favorisé l’élection de DT. C’est particulièrement ironique quand on connait les positions très libérales (au sens anglo-saxon du terme c’est-à-dire gauchisantes) de Mark Zuckerberg connu pour être un promoteur du mouvement activiste « Black Lives Matter ».

Le panorama ne serait pas complet sans évoquer le Wikileaks de J. Assange qui a prouvé son formidable pouvoir de disruption et d’influence en dépit du fait que les révélations issues de la messagerie piratée du Parti Démocrate aient été largement censurées par les mass-médias traditionnels. Il est vrai qu’au-delà même des révélations choquantes que cette messagerie pouvait contenir sur la corruption d’HC, ces mails révélaient aussi une personnalité peu engageante, mélange de cynisme et de désinvolture, portée sur un parasitage decomplexé du Système au profit du clan Clinton.

En résumé…

En synthèse, le coup de tonnerre d’un DT 45ème président des US qui suit celui du Brexit n’est que le symptôme d’une tendance longue et probablement irréversible qui s’amorce au sein des sociétés occidentales : celle d’un affrontement système/antisystème selon une ligne de fracture mondialistes vs souverainistes qui vient remplacer un affrontement gauche/droite désormais périmé.

Le succès de la révolution antisystème qui s’amorce reposera en partie sur sa capacité à rallier cette partie des minorités ethniques qui a compris que l’idéologie libérale et pro-immigration qui prétend les défendre est au contraire en train de scier la branche sur laquelle elle est assise, en installant une dynamique de bordélisation aux conséquences imprévisibles. C’est d’autant plus vrai que ces minorités sont souvent conservatrices sur le plan des valeurs sociétales et que dans certains cas, elles sont aussi susceptibles de penser qu’elles n’ont pas grand-chose à perdre à « renverser la table » et à voir ce que ça donne.

Cet immense mouvement de plaques tectoniques ajoute à l’instabilité d’un monde qui subit une accumulation importante de risques depuis le début des années 2000 : économique avec l’apparition d’immenses bulles financières (notamment sur l’obligataire) gonflées à coup d’impressions monétaires sans équivalent dans l’histoire humaine ; climatique avec une accélération visible des effets néfastes liés à l’activité humaine ; sociétale avec le problème majeur d’invasion migratoire de l’espace européen provoqué par l’inconséquence allemande et l’impuissance structurelle de l’UE ; géostratégiques enfin avec la prégnance du risque terroriste, les risques posés par la Corée du Nord et les effets de la montée en puissance du pôle chinois dans la zone du SE Asiatique, susceptible de dégénérer en affrontement militaire avec Taiwan, le Japon et les US.

En résumé mes amis : accrochez vos ceintures, ça va secouer.

TahitiB74


[1] Ceux qui sont, comme moi, de la « génération Mitterrand » se souviennent à quel point la gauche a tenu pendant longtemps de haut du pavé de la pensée dominante face à une droite RPR qui s’excusait tous les jours d’exister.

[2] Dans un célèbre discours de janvier 1961, le président Dwight D. Eisenhower mettait déjà en garde les Etats-Unis contre l’influence délétère du CMI, indiquant que « le risque d’un développement désastreux d’un pouvoir usurpé [par le CMI] existe et persistera  ».

[3] J’en profite d’ailleurs pour évoquer un site moins connu dedefensa.org qui propose des analyses intéressantes sur les « tendances longues »

 

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