«Un jour, nous nous demanderons comment nous avons pu vivre sans revenu universel de base»

Philippe Van Parijs, professeur à la Faculté des sciences économiques, sociales et politiques de l’Université catholique de Louvain, est à Zurich ce jeudi pour parler du revenu inconditionnel de base

Les Suisses voteront le 5 juin sur une initiative populaire réclamant la création d’un revenu de base inconditionnel. L’idée? Attribuer à chaque citoyen, pauvre ou riche, une somme de base, sans contrepartie. Philippe Van Parijs, professeur ordinaire à la Faculté des sciences économiques, sociales et politiques de l’université de Louvain, observe le débat naissant en Suisse avec enthousiasme. Pour le philosophe qui a fondé le BIEN (Basic income earth network) dans les années 1980, le revenu de base est un vecteur d’émancipation. Il est de passage à Zurich ce jeudi pour croiser le fer avec un opposant à ce projet, l’économiste Reiner Eichenberger*.

Le Temps: Les Suisses votent sur le revenu inconditionnel de base, la Finlande l’étudie et les Pays-Bas le testent dans plusieurs villes. Comment expliquer le retour d’une idée d’ordinaire cantonnée aux sphères philosophiques?

Philippe Van Parijs: Cette idée émerge du constat que le plein-emploi au sens traditionnel est une illusion. Nous n’avons pas les mêmes perspectives de croissance que dans les années 1930. Les pouvoirs publics sont confrontés à un chômage qu’on ne peut espérer résorber par une croissance qui, même si elle était possible, ne serait pas souhaitable. L’emploi a aussi changé de nature. Il y a moins de grandes entreprises avec des milliers d’employés et davantage de travail éphémère, d’indépendants, de temps partiel. Il faut chercher des solutions structurelles adaptées au XXIe siècle.

– En quoi distribuer à chacun un revenu sans condition en serait une?

– Le revenu de base permet d’assouplir les différentes sphères de l’emploi. Il donne la liberté à chacun de faire des va-et-vient entre vie professionnelle, formation et famille, en réduisant volontairement son taux d’activité, par exemple, ou en interrompant son parcours à l’arrivée d’un enfant. Il permet aussi de compléter sa formation, de faire une pause dans son parcours ou de se lancer dans des activités de bénévolat peu rémunératrices. Tout cela favorise l’évolution individuelle et permet de durer plus longtemps sur le marché de l’emploi.

– Le revenu universel ne signifie-t-il pas la fin de l’emploi?

– Non, le revenu universel n’a pas pour vocation de se substituer au travail rémunéré. Ce n’est pas non plus une alternative au plein-emploi, dans le sens de l’emploi à plein-temps pour chacun tout au long de son existence. C’est plutôt la pleine possibilité de l’emploi. Il faut voir cela comme une réforme certes radicale, mais qui serait mise en place petit à petit. Une modernisation du système de prestations sociales.

– En supprimant l’incitation à travailler, on risque plutôt de favoriser l’oisiveté…

– Non, au contraire, du moment que le revenu de base permet aussi de se lancer plus facilement dans une activité aux revenus incertains. Le revenu universel émancipe, permettant de dire non à certaines activités, mais surtout de dire oui à d’autres. Cela ne peut que conduire à un développement plus favorable du capital humain. C’est la raison pour laquelle cette idée est populaire auprès des créateurs de start-up ou dans la Sillicon Valley en Californie, ou on voit le revenu de base comme un «venture capital for the people», un capital-risque à même de favoriser l’audace des entrepreneurs. Quant aux personnes au chômage actuellement, elles sont menacées par l’effet de trappe: si elles acceptent un emploi, même peu rémunéré, elles perdent leur allocation. Introduire un revenu de base sans condition apporte une réponse à ce problème.

– En revanche, cela pose un problème de financement…

– La plus grande partie du revenu universel est autofinancée par la réduction des autres allocations et par la suppression de l’exonération fiscale sur la première tranche de revenu, qui existe dans tous les systèmes d’impôts actuellement. On peut aussi imaginer, comme le proposent les initiants en Suisse, un financement partiel par la TVA. Les plus hauts revenus seraient davantage ponctionnés. Ceux qui y gagnent, à la fin, sont les travailleurs à temps partiel.

– Quel intérêt si ce modèle ne remplace pas toutes les prestations d’aide?

Article complet sur: https://www.letemps.ch/suisse/2016/02/18/un-jour-demanderons-avons-pu-vivre-revenu-universel-base?utm_source=facebook&utm_medium=share&utm_campaign=article

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